Ne se soucier que des animaux sauvages

Greenpeace (division des Pays-Bas) vient de produire un vidéo fort poignant pour nous sensibiliser au sujet des animaux sauvages:

Il s’agit d’une attitude typiquement spéciste d’être contrarié par la disparition des animaux sauvages ou à leur sort en général mais d’ignorer celui des autres animaux. Pourtant, lorsqu’on interroge ces spécistes, ils ne voient pas simplement le problème en tant que perte pour la biodiversité (autrement dit, comme si le mal se réduisait à faire disparaître les espèces), mais bien quelque chose de triste pour les animaux en tant qu’individus, qui ont droit aussi à un environnement sain. Les organisations environnementales profitent bien de cette ambigüité, c’est-à-dire qu’elles n’hésitent pas à montrer le sort d’individus animaux pour attirer la sympathie que cela sucite alors qu’elles veulent plutôt dénoncer la disparition des espèces ou le problème environnemental relié à cela.

Comme je le disais, l’ambigüité, pour ne pas dire l’hypocrisie, est que les organisations environnmentales ne montrent aucun souci au sujet du sort des autres animaux, comme les animaux domestiqués qui se font exploiter dans la plus grande tyrannie mais dans le plus profond silence social. Pire, plutôt que de simplement reconnaître que les animaux en général, de manière impartiale, méritent notre respect moral, ces organisations se révèlent complices des meurtres et violences que subissent les animaux domestiqués. Complices par leur silence et indifférence alors qu’elles auraient un rôle institutionnel à jouer en joignant leur voix à celle des animalistes, mais complices aussi parce qu’elles n’endossent pas le véganisme à l’interne ou dans leurs congrès, et des fois même elles encouragent directement les gens à consommer des animaux (par exemple, Greenpeace propose une liste de poissons à banniret de poissons à préférer — du point de vue de l’éthique animale, cependant, tout animal sentient mérite d’être respecté, de la même manière que les habitants de pays peuplés n’ont pas moins de droits que ceux des pays à faible population)*. Une exception notable serait peut-être Sea Shepherd, dont le fondateur Paul Watson ne cesse de souligner la contradiction des autres organisations environnementales, notamment en raison du fait que la consommation de produits animaux constitue l’une des plus importantes sources de pollution anthropogénique. Ce serait le minimum, de la part d’une organisation dont la mission est de protéger l’environnement, d’informer leurs membres et la population que le véganisme est objectivement une option qui s’impose pour des raisons environnementales, ou du moins un idéal à considérer!

C’est pourtant étrange de limiter notre considération morale aux animaux sauvages. Pourquoi se soucier uniquement de leur sort mais non de celui des animaux qui sont subjugués continuellement et intentionnellement par les sociétés humaines? Par exemple, est-ce que l’écornage des rhinocéros est mal simplement parce que cela décime l’espèce, ou n’est-ce pas également un mal pour le rhinocéros lui-même qui se fait mutiler sans anesthésie et qui est laissé à mourir par agonie? Est-ce que le massacre annuel des dauphins dans la baie de Taiji est révoltant parce que cela violente l’espèce, ou parce que cela violente des individus et leurs familles? Est-ce que la fonte de l’Arctique est problèmatique uniquement parce que cela réduit les chances de survie de l’ours polaire, ou parce que cela prive ces ours de l’opportunité de vivre dans un environnement sain et que cela leur cause une grande détresse et des risques de noyade? Et si tel est le cas, si c’est mal pour le rhinocéros lui-même, les dauphins eux-mêmes et les ours eux-mêmes, pourquoi n’est-ce pas mal pour les animaux domestiqués, qui sont victimes de violences semblables, souvent encore pires, et en plus grand nombre?

La sympathie survient peut-être plus facilement envers les animaux sauvages, qui incarnent un symbole de la nature et de la liberté. Mais il ne faut pas rester aveugle devant notre sympathie: il faut bien voir la suite logique de nos jugements et sentiments moraux, et admettre que tous ceux et celles qui peuvent vivre une vie épanouie méritent de vivre une telle vie. Ce que nous souhaitons aux animaux sauvages, nous pouvons aussi l’offrir aux animaux domestiqués.


*Ajout: Autre exemple de spécisme d’organisations environnementales, Équiterre fait ouvertement la promotion de la viande biologique et locale, en prétextant des raisons écologiques. Or, non seulement cela illustre le fait qu’ils ne vouent pas un respect moral pour les animaux, mais il est loin d’être clair qu’il s’agit d’un choix plus écologique, comme l’expliquent James McWilliams et George Monbiot.

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