Chaque année, on tue plus d’animaux qu’il y a eu de morts durant toutes les guerres de l’humanité

FAO - nombre d'animaux tués 2010

Nombre d’animaux d’élevage tués par année. Statistiques de la FAO. Cliquez pour agrandir.

Dans mon billet « Statistiques astronomiques », j’avais détaillé le nombre d’animaux tués à chaque année pour la consommation alimentaire, soit 56 milliards. Non seulement ce chiffre augmente d’année en année, mais il ne représente même pas le nombre total de tous les animaux tués par les humains: il ne s’agit que des animaux tués pour la production de viandes, produits laitiers et oeufs (et encore, il en exclut beaucoup). Dans ce même billet, j’avais aussi avancé qu’à chaque année, on tue plus d’animaux pour la consommation alimentaire que d’êtres humains sont morts pendant toutes les guerres de l’histoire de l’humanité. Même si je n’avais pas sous la main les statistiques pour appuyer mes dires, je trouvais cela assez évident étant donné qu’il est estimé qu’à travers les âges, il a existé, de manière cumulative, environ 106,46 milliards d’Homo sapiens modernes, soit depuis 50 000 ans avant J.-C. (Voir aussi l’évolution de la population humaine sur Wikipédia.)

Par hasard, je suis récemment tombé sur les statistiques évaluant le nombre de morts durant les guerres des derniers siècles. En effet, l’Organisation mondiale de la santé a produit en 2002 le Rapport mondial sur la violence et la santé qui, tout en décrivant les multiples facteurs de violences dans notre monde contemporain, fournit au passage les estimations historiques suivantes de morts humaines dans les guerres (p. 242)1:

  • 16e siècle: 1,6 million
  • 17e siècle: 6,1 millions
  • 18e siècle: 7 millions
  • 19e siècle: 19,4 millions
  • 20e siècle: 109,7 millions

Le rapport souligne également que l’on estime à 191 millions le nombre de victimes indirectes durant les 25 plus grands cas de violences collectives du 20e siècle. Bref, si on arrondit à la hausse en spéculant sur les siècles dont nous ne possédons pas les statistiques, nous pouvons supposer qu’il y a eu environ 400 millions de victimes humaines durant toutes les guerres de l’histoire de l’humanité.2 Quatre cent millions, dont le quart au cours du dernier siècle. Ce chiffre me parait terriblement douloureux et impossible à être représenté. Or, qu’en est-il de l’exploitation animale?

J’avais écrit la dernière fois le chiffre de 56 milliards par année à travers le monde. Cependant, il s’avère que je ne m’étais pas mis à jour sur les statistiques concernant l’exploitation animale et que celles-ci continuent de monter en flèche. Je suis donc allé vérifier du côté de la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) qui publie ces statistiques sur son site interactif pour enfants (!?). Alors que le chiffre que j’employais régulièrement datait de 2007, les données les plus complètes datent de 2010 et avancent le nombre de 62 768 239 047 d’animaux terrestres et d’oiseaux pour cette seule année, soit en ordre décroissant:

  • poulets: 55 947 186 300 (élevé à 57 439 150 200 en 2011)
  • canards: 2 874 747 800
  • cochons: 1 379 893 614
  • oies: 645 282 000
  • dindes: 645 265 000
  • moutons: 513 854 518
  • chèvres: 424 732 904
  • bétail (boeufs et vaches): 303 637 369
  • buffles: 24 102 772
  • chevaux: 4 605 015
  • ânes: 2 487 400
  • chameaux: 1 882 755
  • mules: 561 600

(Comme je l’ai expliqué dans mon autre billet, cela n’inclut pas de nombreuses autres statistiques, comme les poissons qui s’élèvent entre 1 et 2,7 trillions. Je ne sais pas pour vous, mais moi ça me donne un sacré vertige.)

Donc, non seulement à chaque année on tue plus d’animaux que dans toutes les guerres de l’histoire de l’humanité, mais on peut aussi dire que l’on tue 150 fois plus d’animaux par année que durant toutes les guerres depuis le début de l’humanité. Je le répète, ce coefficient se répète année après année, en augmentant tranquillement. En d’autres mots, imaginez toutes les guerres dont on vous a parlé durant vos cours d’Histoire, combinées en une seule année, multipliées par un facteur de 150: et vous avez la routine annuelle de l’exploitation animale. Et je présume que l’on peut prendre n’importe quelle autre forme de violence humaine,3 la violence annuelle commise volontairement envers les animaux la surpasse quantitativement, et de très loin. Comment peut-on ne pas prendre au sérieux ce problème?

Prenons une autre perspective. Considérant que cela fait quatre ans et demi que je suis végane, cela signifie que, depuis que je suis conscient de ce problème, plus de 282,45 milliards d’animaux ont été tués pour usage alimentaire… autrement dit, plus de 706 fois le nombre d’humains tués durant toutes les guerres de l’histoire de l’humanité, en seulement quatre ans et demi.

Et encore une autre perspective: combien faut-il de temps pour égaler, en animaux tués, le nombre de victimes humaines durant les guerres? Il faut seulement 2,4 jours. En deux jours et demi, nous tuons plus d’animaux que d’humains ont été tués dans toutes les guerres de l’histoire de l’humanité.*

Pourquoi se préoccuper de la mort des animaux?

Même si de tels chiffres paraissent impressionnants, voire impossibles à concevoir, certaines personnes continueront quand même de penser qu’il existe une différence radicale et incommensurable entre ces morts humaines et ces morts animales, de sorte que mon analogie est fortement déplacée et que l’on ne peut rien en déduire. Mon but ici n’est pas de comparer et encore moins de minimiser le drame des morts durant les guerres — au contraire, c’est bien parce que je prends ça très au sérieux que j’en parle. Mon objectif est plutôt de soulever que, si nous avons raison d’être traumatisés par le nombre de morts humaines dans ces conflits violents et la plus grande partie du temps injustes, pourquoi restons-nous indifférents aux chiffres excessivement plus élevés du nombre de victimes animales? Et aussi, comment un pacifiste peut-il ne pas se soucier de toutes ces morts inutiles?

On peut donc estimer que tuer un être humain est infiniment plus grave que tuer un animal. Soit. En revanche, ce principe est loin de régler le problème, car il faut tenter de justifier le fait même de tuer un animal, en tant que tel. Il faudrait, d’abord, expliquer que cela est nécessaire — pourtant, de nos jours et en particulier en Occident, la consommation de produits animaux n’est aucunement nécessaire au maintien d’une bonne santé. Il faudrait ensuite soutenir pourquoi la mort (même indolore) ne constitue pas un tort pour ces animaux; j’ai rapporté dans ce billet quatre arguments pouvant soutenir une telle thèse, et j’ai expliqué pourquoi à chaque fois ces arguments ne réussissaient pas à établir leur point. Enfin, il faudrait aussi, au minimum, prendre conscience des conditions d’élevage, car il ne s’agit pas que de morts brutes mais bien d’individus subissant des souffrances inimaginables le plus clair de leur vie. Et évidemment, il faut se pencher sur cette question, au moins un minimum, si nous sommes nous-mêmes consommateur de produits animaux.

Mais vous savez quoi? Ce ne sont pas ces chiffres qui représentent le plus grand drame. Le plus triste est que derrière chaque unité se cache un individu, avec une vie irremplaçable, unique. Il s’agit d’une vie innocente, qui ne nous a jamais voulu du mal. Chaque vie compte, de la même manière que notre propre vie compte. Nous tuer serait irréversible et constituerait un tort irréparable pour nous. Pour les animaux, c’est sensiblement la même chose: du point de vue de chacun de ces individus, leur vie leur apportait (ou pouvait leur apporter) de belles opportunités. Nous le leur avons refusé ces opportunités en les tuant. Heureusement, nous pouvons faire autrement. Si nous estimons qu’il y a une raison morale à ne pas tuer d’animaux sans nécessité (par exemple, ne pas tuer un chien en santé, ou ne pas rouler sur des marmottes sur la route), alors il est temps de cesser de contribuer à ces statistiques vertigineuses. Pensons à ces individus. Pensons à un seul individu. S’il était devant nous, nous verrions qu’il ne mérite pas la mort. Nous avons le pouvoir de l’épargner et de le laisser vivre.

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Photo par Jo-Anne McArthur.


1. Sources citées par le rapport de l’OMS:

  • Sivard RL. World military and social expenditures, 14th ed. Washington, DC, World Priorities, 1991.
  • Sivard RL. World military and social expenditures, 16th ed. Washington, DC, World Priorities, 1996.
  • Rummel RJ. Death by government: genocide and mass murder since 1900. New Brunswick, NJ, and London, Transaction Publications, 1994.

2. Il s’agit, bien entendu, des victimes humaines. Or, jusqu’au 20e siècle, les animaux ont systématiquement accompagné les humains dans toutes les guerres, alors même qu’ils n’étaient aucunement responsables de ces conflits. Il suffit de se rappeler de l’omniprésence des chevaux avant l’avènement de la voiture et des trains. Encore aujourd’hui, les animaux continuent d’être utilisés dans de nombreux conflits humains, comme en témoigne des parties du livre Animals and War.

3. En effet, parler de morts durant les guerres est relativement arbitraire. Par exemple, le livre Death by Government de R.J. Rummel suggère d’autres statistiques: entre 89 et 260 millions d’êtres humains auraient été tués dans des massacres avant le 20e siècle (p. 69); et les premières 88 années du 20e siècle ont vu entre 170 et 360 millions d’êtres humains tués par les actions des différents gouvernements, incluant les victimes de guerre (p. 9). Encore une fois, mon but n’est pas de minimiser toutes ces injustices qui sont toutes tragiques, bien au contraire.

*Paragraphe ajouté après publication, soit le 12 mars vers 13h30.

3 avis sur « Chaque année, on tue plus d’animaux qu’il y a eu de morts durant toutes les guerres de l’humanité »

  1. Ping : Statistiques astronomiques | Frédéric Côté-Boudreau

  2. Triste mais super article Frédéric.

    J’aimerais ajouter un truc pour alimenter la réflexion des personnes qui le liront.

    J’ai lu le dernier rapport de l’OMS sur les causes de mortalité mondiales. Les deux premières causes de mortalité mondiale, ce sont les maladies cardio-vasculaires (cardiopathie ischémique et accident vasculaire cérébral), et la troisième, si on les combine au lieu de les laisser séparés par catégorie, ce sont les cancers. Un peu plus loin dans la liste, il y a plusieurs autres problèmes de santé courants dont les infections des voies respiratoires, le diabète, et quelques autres.

    J’ai aussi lu des centaines d’études scientifiques sur des populations d’humains (pas de souris) établissant des corrélations très fortes entre la consommation de produits animaux, la consommation de produits transformés (rarement véganes!) et chacune de ces maladies.

    Je suis en train de construire un dossier sur mon site web avec le plus d’études possibles en lien avec le diabète et l’alimentation (http://www.isisgagnongrenier.ca/references/#science). On pourrait faire la même chose avec toutes les maladies citées ci-haut.

    Ces maladies sont évitables en adoptant un régime végétalien équilibré et complémenté en vitamine B12.

    Le fait de tuer des animaux par milliards tue des humains par millions, jusqu’à plusieurs décennies plus tôt que leur espérance de vie laissait croire, tout en réduisant leur qualité de vie (obésité, maux de ventre, de tête, arthrite, asthme, lourdeur, etc) On pourrait donc ajouter quelques dizaines de millions (trop paresseuse pour faire le calcul précis) de morts humaines (bien moins innocentes, mais souvent inconscientes) au tableau des victimes annuelles de ce carnage.

    Il est temps que les personnes qui en sont responsables comprennent qu’elles se tirent une balle dans la cuisse en exploitant et mangeant les animaux.

    ————————————————
    Principales causes de mortalité dans le monde, OMS, 2013
    http://who.int/mediacentre/factsheets/fs310/fr/

    Nutritional Update for Physicians: Plant-Based Diets, 2013
    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3662288/

    Tolerable upper intake levels for trans fat, saturated fat, and cholesterol, 2011.
    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21521229

    Meat consumption and mortality–results from the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition, 2013
    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23497300

    Long-term low-calorie low-protein vegan diet and endurance exercise are associated with low cardiometabolic risk, 2007
    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17518696

  3. En lisant un article sur les guerres du XX ème siècle, j’eus l’intention de savoir, combien d’humains sont morts durant les guerres? Puis, par hasard, je suis tombé sur cette article très intéréssant qui semble être un plaidoyer de la cause animale.
    Les statistiques fournies par votre étude révèle bien l’ampleur du « massacre » commis par la race humaine. Nécéssitons-nous d’ingurgiter 1 kilo de viande par semaine? Alors que des études démontrent que la consommation de viande ne présente aucun avantage pour la santé (sous réserve). Durant des millénaires nous nous nourrissâmes essentiellement de cueillette (végétaux, fruits,graines…) et que la consommation de viande restait plutôt occasionnelle. Particulièrement aux Etats-Unis, la consommation de viande est très importante avec l’alimentation « fast-food » suivie par de nombreux américains. Le gaspillage alimentaire : le fait de retrouver la viande d’un animal que nous avons tué dans une poubelle. Cet acte n’est-il pas odieux? Dans la nature, le fait de tuer pour sa survie a toujours été. Mais tuer, sans légitimité, sans raison valable, ne peut être « excusé ».Elever des poulets dans des conditions jugées inhumaines que nous jugeons animale ; N’est-il pas vrai que nous, êtres humains, sommes animaux.? Tuer pour consommer notre ration de protéines, alors que la ration de protéines se trouve en proportions importantes dans les oeufs.

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