Qu’est-ce que la justice animale?

© Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur

Nul besoin d’aimer les animaux pour les respecter

Je dis souvent que je ne suis pas un animal lover. Plusieurs sont surpris de l’entendre, mais je dois avouer que je le dis surtout pour l’effet rhétorique : pour souligner que défendre une cause n’implique pas nécessairement que l’on aime particulièrement les victimes en question. Il s’agit simplement de reconnaître que c’est injuste pour ces victimes — et comme la justice exige l’impartialité, le fait de ne pas aimer les victimes ou de ne pas être attendri par elles n’est pas en soi pertinent pour déterminer si elles méritent d’être respectées. Je cherche ainsi à faire prendre conscience aux gens que même s’ils ne s’intéressent pas à l’éthique animale, cela ne règle en rien le débat sur nos obligations morales à leur endroit.

(Cela dit, je ne dis pas que je suis indifférent au sort des animaux, bien au contraire : je me soucie d’eux, j’aime savoir qu’ils peuvent s’épanouir et je suis scandalisé de savoir qu’on ne les laisse pas vivre. Je me suis aussi attaché à de nombreux animaux au courant de ma vie.)

J’estime que les animaux doivent être intégrés dans nos théories de la justice — et non de manière périphérique, mais bien à part entière. J’endosse ce que l’on peut appeler la justice animale, à ne pas confondre avec l’éthique animale.

L’éthique animale est un champ disciplinaire (comme l’éthique environnementale, la bioéthique, etc.) où l’on aborde les questions morales au sujet de nos attitudes à l’égard des animaux non humains sensibles pris individuellement — une définition un peu technique, mais qui s’explique comme suit : Lire la suite

Les animaux devraient être considérés comme des «personnes»

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Le récent Manifeste pour une évolution du statut juridique des animaux connait un succès inespéré, et je félicite mes amis Sophie Gaillard, Martin Gibert et Élise Desaulniers d’avoir orchestré cette initiative, avec le brio qu’ils maîtrisent tant. Il s’agit d’une belle occasion pour se poser des questions sur la nature des réformes qui peuvent et doivent avoir lieu au niveau du droit animal et des conditions d’exploitation, et des anticipations réalistes que nous pouvons entretenir à cet égard. En effet, il est grand temps que nous engagions un débat de société sur cette question.

Avec l’expertise précieuse de Valéry Giroux (LL.M., docteure en philosophie et coordonnatrice du Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal) et de Jean-Philippe Royer (candidat au doctorat en philosophie à l’Université de Montréal et à l’Université catholique de Louvain), j’ai co-écrit cette lettre d’opinion qui est parue ce matin dans Le Devoir. Bien que d’accord avec le Manifeste sur la nécessité de moderniser le droit animal, nous tenions toutefois à mettre en garde quant aux risques d’inclure les animaux non humains dans une troisième catégorie juridique, entre les personnes et les biens; nous considérons que la voie de la personnalité juridique, malgré son caractère radical, constitue encore la meilleure voie pour la libération animale. Nous avons tenté de traiter de cette question complexe en moins de 1000 mots, dans un texte originalement intitulé: « Statut juridique des animaux: contre une troisième voie ».

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