La philosophie des droits des animaux résumée par Tom Regan

Si vous cherchez un cours en accéléré sur l’éthique animale, et en particulier une défense de base des droits des animaux, je vous recommande entre autres le discours prononcé par le philosophe Tom Regan en 1989 devant l’Institution Royale de Grande-Bretagne, que vous pouvez écouter ici (durée de 8 minutes) et que j’ai retranscrit plus bas (adapté de la traduction d’Enrique Utria):

Question: Le règne animal a-t-il besoin d’une Déclaration des droits fondamentaux?

Les autres animaux que les humains mangent, utilisent en science, chassent, piègent et exploitent de diverses manières ont leur propre vie qui est importante à leurs yeux, indépendamment de leur utilité pour nous. Ils ne sont pas seulement dans le monde, mais sont aussi conscients de celui-ci, et de ce qui leur arrive. Et ce qui leur arrive leur importe. Chacun a une vie durant laquelle il fait l’expérience de choses bonnes ou mauvaises pour lui. Comme nous, ils apportent une présence psychologique unifiée au monde. Comme nous, ils sont quelqu’un, non pas quelque chose. Sur ces aspects fondamentaux, les animaux non humains dans les laboratoires ou dans les élevages, par exemple, sont les mêmes que les êtres humains. Ainsi, l’éthique de nos rapports avec eux et des relations que nous entretenons les uns avec les autres doit reposer sur certains des mêmes principes moraux fondamentaux.
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Que signifie le bien-être animal?

ferme fisher priceOn entend parler d’élevage éthique, de viande heureuse, de bien-être animal, de tuer avec respect : une panoplie d’expressions généralement utilisées de manière interchangeable et qui ont malheureusement perdu leur sens. En effet, le problème est que le sens de ces mots se voit à la fois approprié par ceux-là même qui exploitent les animaux, et à la fois dilué dans le discours populaire, celui-ci étant fortement marqué par l’idéologie dominante qu’est le spécisme.

Le spécisme représente la discrimination envers les animaux (autrement dit, faite sur la base de l’appartenance à l’espèce animale). Par exemple, un spéciste affirmera que parce que les animaux ne sont pas humains, ils peuvent être soumis à des règles morales beaucoup moins rigides; un spéciste pensera aussi que certaines espèces animales, comme les chats et les chiens, ne possèdent pas le même statut moral que d’autres espèces, comme les rats, les cochons ou les poissons.

Le mouvement du bien-être animal est ainsi caractérisé par le spécisme, ce qui a pour conséquence que les différents termes employés n’ont pas le sens qu’on pourrait leur prêter dans un contexte humain. Voici quelques exemples.

Le bien-être animal et ses déclinaisons

Le bien-être animal

Le mouvement du bien-être animal (ou réformisme, et en anglais « welfarisme ») consiste à réduire la souffrance infligée aux animaux domestiqués, mais sans remettre en question l’exploitation animale en tant que telle. En d’autres mots, les partisans du bien-être animal ne voient pas de problèmes à utiliser les animaux comme des ressources pour servir n’importe quel désir humain, à condition de ne pas leur causer « trop » de souffrance. En général, ils ne voient pas la domination, la perte d’opportunités et la mise à mort comme des problèmes moraux, pour autant que la souffrance soit minimisée. Pourtant, dans un contexte humain, s’intéresser au bien-être d’une personne serait incompatible avec le fait de la tuer ou de l’enfermer, et à plus forte raison si on prétendait le faire pour son bien.

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Qu’est-ce que la justice animale?

© Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur

Nul besoin d’aimer les animaux pour les respecter

Je dis souvent que je ne suis pas un animal lover. Plusieurs sont surpris de l’entendre, mais je dois avouer que je le dis surtout pour l’effet rhétorique : pour souligner que défendre une cause n’implique pas nécessairement que l’on aime particulièrement les victimes en question. Il s’agit simplement de reconnaître que c’est injuste pour ces victimes — et comme la justice exige l’impartialité, le fait de ne pas aimer les victimes ou de ne pas être attendri par elles n’est pas en soi pertinent pour déterminer si elles méritent d’être respectées. Je cherche ainsi à faire prendre conscience aux gens que même s’ils ne s’intéressent pas à l’éthique animale, cela ne règle en rien le débat sur nos obligations morales à leur endroit.

(Cela dit, je ne dis pas que je suis indifférent au sort des animaux, bien au contraire : je me soucie d’eux, j’aime savoir qu’ils peuvent s’épanouir et je suis scandalisé de savoir qu’on ne les laisse pas vivre. Je me suis aussi attaché à de nombreux animaux au courant de ma vie.)

J’estime que les animaux doivent être intégrés dans nos théories de la justice — et non de manière périphérique, mais bien à part entière. J’endosse ce que l’on peut appeler la justice animale, à ne pas confondre avec l’éthique animale.

L’éthique animale est un champ disciplinaire (comme l’éthique environnementale, la bioéthique, etc.) où l’on aborde les questions morales au sujet de nos attitudes à l’égard des animaux non humains sensibles pris individuellement — une définition un peu technique, mais qui s’explique comme suit : Lire la suite