Un argument antiperfectionniste pour la justice animale

Des oies sauvées d'un élevage de foie gras. © Jo-Anne McArthur

Des oies sauvées d’un élevage de foie gras. © Jo-Anne McArthur

On entend bien souvent des spécistes répéter que la vie des animaux a moins de valeur, car elle est moins complexe et moins riche. Leur vie mentale est moins développée, ils ont des plaisirs plus physiques et s’ils ont des projets, ceux-ci sont beaucoup moins significatifs et importants. Pourtant, comme je l’expliquerai, ces éléments n’ont aucune pertinence puisqu’ils reposent sur des valeurs perfectionnistes, un problème déjà décrié dans l’éthique humaine.

Quel est le mal d’être perfectionniste?

Être perfectionniste, en philosophie, ça n’implique pas tellement d’avoir une obsession pour faire les choses à la perfection (quoique…). Il s’agit plutôt de croire que certains modes de vie sont objectivement supérieurs à d’autres. En d’autres mots, une théorie perfectionniste cherche à répondre à la question « Qu’est-ce qu’une vie qui vaut la peine d’être vécue? ».

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Quatre arguments en faveur de la mort des animaux

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Photo de Jo-Anne McArthur.

L’article « The Moral Significance of Animal Pain and Animal Death » d’Elizabeth Harman provenant du recueil The Oxford Handbook of Animal Ethics présente et réfute quatre arguments soutenant l’idée que tuer des animaux non humains sans douleur ne représente pas un tort moral (à supposer qu’une chose telle que la mort indolore soit techniquement et économiquement réaliste, surtout à grande échelle — ce dont je doute). J’ai résumé ces quatre arguments en deux points et j’ai aussi ajouté deux autres arguments qui sont parfois évoqués sur cette question:

  1. Priver d’un bien ne signifie pas nécessairement faire du mal.
  2. Les animaux n’ont pas de plans pour le futur ni (suffisamment) de continuité psychologique.
  3. Les animaux s’entretuent déjà.
  4. Notre raison de les tuer est la cause de leur existence, donc les tuer n’est pas contraire à leurs intérêts.

Question parallèle: comment peut-on considérer qu’il est moralement condamnable de causer de la souffrance aux animaux non humains, mais non de mettre fin prématurément à leurs jours (même sans souffrance)? Tout comme moi, Harman estime pourtant que si on endosse la première partie de cette thèse, alors on est logiquement portés à considérer qu’il ne faut pas non plus tuer des animaux non humains (toute chose égale par ailleurs), même sans souffrance. Grâce à ce texte, j’espère pouvoir démontrer pourquoi.

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