Étude de cas sur un café à chats

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Un café à chats végane en plein coeur de Montréal

En juin dernier, le Café Venosa a ouvert ses portes sur le boulevard St-Denis à Montréal. Pour une première fois, il s’agit d’un café à chats n’offrant que de la nourriture végétalienne — une cohérence qui s’imposait comme nécessaire. (En effet, quel serait l’intérêt d’aller flatter des chats tout en croquant dans des paninis au jambon et fromage?) Mais au-delà de son attrait ludique et inusité, et de son menu fort appétissant, ce qui m’a frappé de cet endroit est qu’il pouvait exemplifier des idées que je défends à travers mon parcours académique et militant.

J’ai discuté auparavant de la théorie de la citoyenneté animale proposée par Sue Donaldson et Will Kymlicka, théorie qui suggère entre autres de considérer les animaux domestiqués comme des membres à part entière de nos sociétés et de leur octroyer le statut de citoyen. Et si le Café Venosa nous offrait une fenêtre sur une possible zoopolis, du moins sur une partie de celle-ci?

Je propose ici de montrer de quelle manière un café à chats végane nous permet de nous pencher sur trois aspects de la citoyenneté animale: la question de l’inclusion sociale, l’instauration des règles du vivre ensemble et le problème des conditions de travail. Il est probable que les fondateurs de ce café n’avaient pas de telles intentions en tête, mais leur initiative nous invite bien à mieux explorer nos idées et pratiques sur des thèmes politiques de grande importance. Lire la suite

Peut-on (et doit-on) inclure les animaux dans la philosophie politique?

cochrane - an introduction to animals and political theory

Ci-haut, un excellent ouvrage d’introduction à la philosophie politique sur la question animale. Le livre couvre l’utilitarisme, le libéralisme, le communautarisme, le marxisme et le féminisme et leur lien avec l’éthique animale. La seule chose qui lui manque est de discuter des récents développements en philosophie politique animale. (Publié en 2010 par Alasdair Cochrane, 167 pages.)


L’éthique animale est un sujet politique

Si vous ouvrez n’importe quel livre d’introduction à la philosophie politique, vous n’y trouverez aucune mention au sujet des animaux non humains. Virtuellement tous les philosophes politiques, à quelques exceptions près, estiment que nos relations avec les animaux ne représentent pas un sujet politique. Ils en sont convaincus à un point tel que la plupart du temps, ils ne se sentent même pas le devoir de justifier pourquoi ils rejettent la question (à l’exception de Rawls, Scanlon et Hume, entre autres). L’humain est un animal politique, a dit Aristote. Seuls les humains font de la politique, alors la politique ne concerne que les humains. Nous essayons d’établir des règles pour notre fonctionnement en société, et les animaux n’ont rien à voir là-dedans.

Heureusement, cette conception est en train d’être remise en question par de nombreux auteurs (voir par exemple « Do We Need a Political Theory of Animal Rights? » de Donaldson et Kymlicka, ainsi que les ouvrages dont je parle plus bas). Je vais présenter ici quelques raisons qui motivent l’inclusion des animaux dans la philosophie politique, au sein des différentes théories de la justice.

1. Co-habitation

La philosophie politique s’intéresse aux problèmes du vivre-ensemble. Or, même si on n’a pas tendance à en prendre conscience, les animaux domestiqués vivent avec nous, par définition. La preuve en est que nous contrôlons tous les aspects de leur vie — que ce soit leur espace, leurs activités et même leurs interactions. Ils sont déjà parmi nous et nous interagissons constamment avec eux (du moins avec certains d’entre eux, car les animaux de ferme et de laboratoire, par exemple, sont invisibles pour la plupart d’entre nous — mais ils demeurent dans nos sociétés du fait que des humains interagissent avec eux). Il s’agit d’ailleurs de l’étymologie du mot domestiqué, qui signifie « relatif à la maison » (du grec domus, maison). Évidemment, on peut parler de domestication des plantes, mais lorsqu’il s’agit des animaux, on parle précisément d’interaction, de reconnaissance mutuelle (nous faisons partie de l’environnement social des animaux domestiqués tout comme ils font partie du nôtre), de vivre-ensemble.
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Lorsqu’il est impossible d’être végétalien

« Le véganisme n'est pas un sacrifice, c'est une joie! » Mais si c'était plus difficile dans certains cas?

« Le véganisme n’est pas un sacrifice, c’est une joie! » Mais si c’était plus difficile dans certains cas?

On peut être d’accord avec les arguments en faveur du véganisme et des droits des animaux, mais toutefois avoir de la difficulté à les mettre en pratique. La plupart du temps, ces difficultés sont d’ordre psychologique et social. C’est pourquoi j’ai proposé différents trucs pour faire la transition (ainsi que des ressources) et j’encourage ceux et celles qui se sentent isolé-e-s à se lier d’amitié avec d’autres véganes.

Pour d’autres personnes, en revanche, les difficultés à devenir végétalien sont plutôt d’ordre médical ou biologique. Même si l’Association des diététistes des États-Unis affirme qu’ « une alimentation végétalienne bien planifiée et les autres types d’alimentations végétariennes sont appropriés à toutes les périodes de la vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, et l’adolescence » et que ce message est corroboré par de nombreuses institutions sérieuses à travers le monde, il pourrait exister des exceptions. Que ce soit à cause d’allergies, d’intolérances, de maladies ou autres problèmes de santé, il semble que les défis à la transition vers le végétalisme ne soient pas les mêmes pour tous. Ces cas sont sans doute assez rares, mais ils existent bel et bien. Dans ces circonstances, que peut-on faire?

Dans ce billet, j’explore certaines avenues possibles pour aider de telles personnes à faire le maximum pour devenir végétaliennes. Certaines de ces idées seront controversées et d’autres demeurent irréalistes pour l’instant, mais justement, l’important est que ce soit discuté et que nous cherchions des solutions. Car le but n’est ni d’abandonner ces personnes en continuant de prétendre que le végétalisme est facile universellement, ni de laisser croire qu’il n’y a aucune solution à ce problème! Alors voici les quelques possibilités que j’aborde et qui sont compatibles avec les droits des animaux:

À noter aussi que peu importe l’étendue et la gravité des allergies, intolérances et maladies compliquant le projet d’être végétalien, rien n’empêche d’adhérer théoriquement aux droits des animaux et de boycotter les autres formes d’exploitation animale. Par exemple, on peut avoir des obstacles médicaux à être végétalien mais cesser d’acheter des produits testés sur les animaux, d’aller au cirque et au zoo, de porter de la fourrure et du cuir, etc. — et surtout, on peut sensibiliser son entourage au sujet des droits des animaux et les encourager à devenir véganes (notamment s’ils n’ont pas d’excuse médicale!). Loin d’être hypocrite, il s’agit plutôt de promouvoir l’importance de ce projet moral et collectif tout en reconnaissant ses limites pour certaines personnes. Et comme je souhaite le suggérer, ces limites ne sont pas insurmontables.
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